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Claire Johnson x OCTAEVO

Claire Johnson x OCTAEVO

Deux dieux, deux amants. L'artiste australienne parle de maximalisme, de mouvement et de perfection dans l'imperfection.

Nous avons le plaisir de vous présenter notre dernière collaboration, avec l'artiste pluridisciplinaire Claire Johnson.

Installée en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, Claire donne vie à des céramiques et à des toiles, par l'argile, l'encre et le collage. Son travail célèbre la beauté, l'amour et la mythologie.

Autour du thème « deux dieux, deux amants », son interprétation a donné deux collages de papier où tournoient des mandalas, des couronnes de laurier et des regards étincelants, que nous avons adaptés en imprimés.

Le résultat : une série de vases en papier aux visages envoûtants de dieux antiques, qui murmurent des mots d'amour.

  • Vase en papier Olimpo OCTAEVO en jaune, imprimé du collage de Claire Johnson
  • Vase en papier Olimpo OCTAEVO en bleu, d'après les collages de Claire Johnson

Comment définiriez-vous votre style artistique ?

Mon style varie beaucoup selon le médium employé. Pour mes collages de papier, je dirais que c'est un hommage au maximalisme. Mes encres sur papier, je les définirais comme une exploration du mouvement. Et dans mon travail céramique, j'aime réunir le maximalisme, le mouvement et l'idée de « la main de l'artiste » à travers ma façon de tracer.

Quelle est votre approche créative face à un nouveau projet ?

Le plus important, d'abord, c'est d'établir un brief clair et concis avec la personne ou la marque avec qui je collabore. J'ai besoin de savoir quelle est leur vision et ce qu'ils attendent de moi en tant qu'artiste. Je choisis mes collaborations avec soin, car il me paraît essentiel que mes valeurs s'accordent avec celles de la marque. La plupart de mes premiers rendez-vous (parfois tous) se font au téléphone, parce que je vis dans l'Australie rurale ; il est donc important pour moi de sentir un lien avec mon interlocuteur. Je crois que si quelqu'un vient vous chercher, c'est parce que votre esthétique, déjà établie, lui parle. Je ne travaille pas avec des marques qui voudraient que je crée à partir d'une idée totalement éloignée de ce que je fais. Il me devient alors difficile de rester fidèle à ma voix créative : plus je suis libre, meilleur est le résultat.

Où puisez-vous votre inspiration ?

Elle vient de partout. En surface, évidemment, mes héros de l'art : Picasso, Matisse et Chagall, mais aussi l'amour des matières avec lesquelles je travaille. Le processus compte autant, sinon plus, que les œuvres achevées. Comme j'ai dansé toute ma vie et que ma mère était ballerine professionnelle, la ligne et le mouvement m'ont toujours inspirée ; c'est pour cela que l'encre et l'argile me paraissent si beaux comme médiums. Pouvoir faire des gestes qui laissent une trace, voir la perfection dans l'imperfection (wabi-sabi), ne pas toujours maîtriser sa matière. Mon amour de la ligne et du mouvement se retrouve aussi dans mes collages. Ce travail de papier est bien plus maîtrisé : scalpel et ciseaux pour découper des formes nettes. Cette minutie est pour moi une forme particulière de pleine conscience. Je peux me perdre des heures, heureuse, à découper des formes, entourée de chutes colorées.

Quelle place tiennent l'expérimentation et le jeu dans votre vie, et comment les intégrez-vous à votre travail ?

Je crois qu'il est très important de savoir s'écarter du stress quotidien pour renouer avec notre enfant intérieur, et donc avec le jeu. L'art est parfait pour cela. C'est encore un chantier dans ma vie de tous les jours, mais dans mon travail créatif c'est essentiel, et je le trouve bien plus facile. Mes meilleures pièces arrivent toujours quand je ne mets pas trop d'attentes sur moi-même ni sur le résultat. Expérimenter, accueillir les accidents heureux, ne pas se prendre trop au sérieux, ne pas nourrir d'attentes irréalistes : tout cela en fait partie. Il est si facile de se comparer à ceux qui nous entourent, et plus encore dans les métiers créatifs. En tant qu'artistes, nous travaillons énormément, souvent sans contrepartie financière ni reconnaissance, et j'ai connu l'épuisement plus d'une fois. Me comparer à mes pairs, avoir le sentiment de ne pas être là où je devrais être à cet âge ou à ce stade de ma carrière, cela n'aide en rien. C'est justement dans ces moments-là qu'il me semble important de jouer et d'expérimenter, et j'essaie de le faire quand je peux.

La série complète des vases en papier Olimpo dessinés avec Claire Johnson

Quelles occasions uniques le choix de devenir artiste vous a-t-il offertes ?

L'une des plus singulières et des plus gratifiantes a été l'invitation à prendre la parole à l'Australian Ceramics Triennale, à Hobart, en Tasmanie, en 2019. J'ai donné une courte conférence sur l'art et la santé mentale, où j'ai parlé de l'importance de l'art comme thérapie. J'y ai aussi raconté mon histoire personnelle, mes luttes contre l'addiction, une dépression profonde, et la façon dont ma pratique artistique, avec un accompagnement professionnel, m'a aidée (et continue de m'aider). Ce fut une expérience très émouvante, et très réparatrice.
Autre expérience incroyable : participer à la Fashion Week de Milan, en collaborant avec l'incroyable maison italienne La Double J. Travailler avec la magique JJ Martin a été l'un des plus beaux moments. Son authenticité et sa spiritualité nous ont liées en profondeur, ce qui m'a permis de créer une collaboration dont je suis extrêmement fière. Je travaillais alors depuis le garage de mes parents, et je n'aurais jamais osé rêver qu'une fille de la campagne, de Port Macquarie en Australie, verrait ses œuvres sur les podiums de Milan.

Comment trouvez-vous l'équilibre entre travail et vie personnelle ?

Il y a un peu plus d'un an, j'ai commencé à travailler ponctuellement au théâtre et à la galerie d'art de notre région, The Glasshouse, ici à Port Macquarie. Prendre un peu de distance avec ma pratique m'a beaucoup rafraîchie. Le poste de technicienne de galerie, surtout, m'a donné l'occasion de rencontrer des artistes incroyables et de travailler avec eux. Après plusieurs années d'expositions, j'adore me retrouver de l'autre côté du processus, accrocher les œuvres, apprendre de nouveaux gestes. J'ai la chance immense d'avoir un compagnon extrêmement présent, qui aime me voir dans mon élément à l'atelier. Nous vivons juste à côté de la plage : dès que nous avons un jour de congé ensemble, c'est promenade sur le sable et déjeuner.

  • Autre vue du vase en papier Olimpo bleu

  • Vase en papier Olimpo orange, issu de la collaboration avec Claire Johnson

Ce dont vous ne pouvez pas vous passer quand vous travaillez sur un projet :

J'enchaîne sans complexe les documentaires et la téléréalité pendant que je travaille. J'ai essayé les podcasts et la musique, mais c'est ça qui marche pour moi. J'essaie d'équilibrer mon amour des Real Housewives avec des choses un peu moins abrutissantes, et je passe par des phases selon ce qui m'intéresse. En ce moment, je suis un peu obsédée par les documentaires sur le RMS Titanic ; avant, c'étaient les Romanov.

Actuellement obsédée par :

Le RMS Titanic, déjà cité. J'ai passé pas mal de nuits à m'y perdre : récits de rescapés, vieilles images de survivants racontant leur épreuve, recherches sur la plongée qui a mené à sa découverte. J'ai une nature un peu obsessionnelle, je me fixe un temps sur certains sujets, mais je constate qu'ils nourrissent souvent une part de ma pratique, aussi discrètement soit-il. Cela dit, je ne ferai certainement pas de collage en hommage à Jack et Rose de sitôt.

Vos trois plus grandes influences :

1. Ma mère. Elle est l'une de mes plus grandes inspirations et influences. Elle a quitté la maison à 15 ans pour partir seule, à 13 heures de route dans un autre État, rejoindre l'Australian Ballet. Son élégance, sa grâce et son don extraordinaire pour le jardinage trouvent souvent leur chemin, conceptuellement, jusque dans mon travail. J'ai beaucoup de chance : mes parents ont toujours soutenu et encouragé ma passion pour les arts, ce sont deux de mes plus fervents défenseurs.
2. Marc Chagall. Beaucoup s'attendraient à ce que Picasso ou Matisse soient mes plus grandes influences, et ce serait facile à supposer vu mon esthétique et mon goût du collage, mais c'est l'œuvre de Chagall qui a toujours fait chanter mon cœur. Ses palettes à elles seules m'inspirent, et sa carrière traverse plusieurs mouvements artistiques. Le thème récurrent de l'amour dans ses toiles lui venait de sa muse de toujours et première épouse, Bella Chagall. Leur histoire d'amour est de celles qui traversent le temps. J'ai toujours puisé dans l'amour et le romanesque pour mon propre travail, et je le tiens pour l'un des plus grands peintres romantiques de tous les temps.
3. Mes médiums. Comme je le disais, les matières avec lesquelles je crée comptent autant, sinon plus, que l'œuvre achevée. J'aime passer d'un médium à l'autre, et j'ai le sentiment que mon travail évolue et change avec chacun. Poser une matière sur le papier ou sculpter l'argile est pour moi une expérience très physique et très méditative. C'est souvent le seul moment où mon esprit se tait et où je n'analyse pas tout à l'excès.

Votre espace de travail préféré :

Là où se trouve mon établi. Je suis obsédée par mon établi, et il m'a suivie dans pas mal d'endroits au fil des années

Si vous n'étiez pas designer, vous seriez :

J'adorerais avoir ma propre marque. C'est sans doute pour cela que j'aime tant collaborer avec des maisons de mode. C'est un tel plaisir de dessiner des imprimés singuliers, puis de les voir réinventés sur du tissu… Qui sait ? Peut-être un jour.

L'album que vous écoutez en boucle :

Je suis plutôt playlist. Je reviens toujours à ma playlist jazz préférée, faite il y a 5 ans, ce qui a tendance à rendre mon compagnon un peu fou.

Le plus grand risque créatif de votre carrière :

Revenir dans ma ville natale après 7 ans à Sydney. Je ne le savais pas alors, mais cela a été mon salut, et j'en suis profondément reconnaissante.

Site web : clairejohnson.space
Instagram : @clairepony

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